30 mars 2008
Les Ricains soutiennent les grévistes d'AP France
La grève à AP France jeudi a été entièrement suivie : zéro dépêche sur le fil de 0h à minuit. La rédaction de Paris a voté à l'unanimité contre le plan de reprise d'Eveno (un projet vaguement soutenu par Bolloré via une obscure sous-sous-filiale). Et outre le soutien des syndicats de l'AFP, l'intersyndicale d'AP France a reçu l'appui de la centrale qui représente les employés d'AP aux Etats-Unis. Voici quelques communiqués récapitulant les derniers événements :
Voici le texte de la motion adoptée ce jeudi en assemblée générale :
"Le service français d'AP dit non au projet Eveno-Bolloré
Les personnels du service français de l'Associated Press, réunis en assemblée générale jeudi, constatent que le projet de reprise présenté par Bertrand Eveno n'est ni sérieux, ni solide, ni financé.
En conséquence, le service français d'AP exige, à l'unanimité des votants, le retrait immédiat du projet Eveno-Bolloré.
Le service français de l'Associated Press".
Voici la lettre ouverte de l’intersyndicale d’AP France à Bertrand Eveno
“M. Eveno, partez !
Vous vouliez le service français de l’Associated Press, le service français n’a pas voulu de vous.
Vous nous aviez mis en demeure d’organiser un vote. C’est fait : la rédaction parisienne du service français a voté jeudi à l’unanimité contre votre projet et pour son « retrait immédiat ».
Dans ce cas, disiez-vous à l’AFP la veille de ce vote, « il ne faudrait surtout pas continuer ». Nous vous prenons au mot : ne continuons surtout pas, arrêtons les frais, dès aujourd’hui.
Vous disiez aussi que votre projet n’aurait « plus de sens » si une majorité des personnels s’y opposait. Nous sommes d’accord avec vous : votre projet n’a plus de sens.
Vous cherchez aujourd’hui à faire croire que le vote parfaitement démocratique de la rédaction n’est pas légitime. Quel autre subterfuge allez-vous trouver pour fuir vos responsabilités ?
Pour notre part, nous avons pris nos responsabilités, prenez les vôtres.
Quel crédit peut accorder la rédaction à un homme capable de se dédire ainsi à quelques heures d’intervalle? Aucun. Une telle mauvaise foi fait craindre le pire sur la sincérité de votre projet.
Nous avons perdu tout espoir de bâtir un jour une relation de confiance avec vous. Nous refusons de travailler avec vous dans cette Nouvelle Agence low-cost. Votre objectif serait-il de reprendre une rédaction contre son gré ?
Nous avons atteint le point de non-retour. Ayez l’élégance d’en tirer les conséquences et quittons-nous bons amis.
L’Intersyndicale SNJ-CFDT-CGT-FO”
Voici le communiqué de soutien de l’intersyndicale de l’AFP :
“L'intersyndicale toutes catégories de l'AFP (CGT-SNJ-CFDT-FO-Sud) apporte son soutien aux personnels d'AP France en grève de 24 heures ce jeudi pour rejeter un plan de reprise du tandem Bollore-Eveno.
Cette volonté de reprise d'AP dans des conditions floues sur le fond comme sur la forme par le groupe Bollore ne peut que provoquer l'inquiétude légitime de nos collègues.
Le plan proposé par l'ancien PDG de l'AFP, vise avant tout à fournir de l'information "light" et faire concurrence à l'AFP en s'associant aux clients patrons de l'AFP. La menace sur les emplois est clairement affichée dans ce projet.
Ce plan de reprise d'AP France survient au moment où le PDG de l'AFP Pierre Louette, ancien numéro deux de l'agence sous la présidence Eveno, cherche à réduire la couverture rédactionnelle de l'agence dans l'hexagone et à diminuer les emplois.
Mais aussi par ses déclarations urbi et orbi faisant état d'une intention de modifier le statut de 1957 qui jusqu'à présent a su garantir l'indépendance et la place dans le monde de l'AFP.
Comme à AP France, les personnels de l'AFP ne peuvent qu'exprimer leur inquiétude face à ces menaces sur l'avenir de l'agence, alors que les négociations sur le nouveau COM se déroulent dans l'opacité la plus complète.
L'intersyndicale de l'AFP appelle à une réunion avec les syndicats d'AP pour mener des actions communes.
Voici le communiqué de soutien du syndicat des employés d’AP aux Etats-Unis :
“The News Media Guild, the union that represents U.S. AP employees, stands for quality journalism, the independence of our work from political pressures, good faith bargaining and good wages and benefits.
It shares these values with the French unions now striking The Associated Press for 24 hours because of a proposed sale of AP’s French language service to Bertrand Eveno and the Bolloré group.
While market pressures are a fact of life, we believe AP should insist that its business partners live up to quality journalism standards. Quality journalism begins with wage and benefit levels that attract and retain talented reporters. And it must include editorial independence from political pressure.
The AP has recognized the importance of employee financial dealings through its U.S. ethics policy, which is aimed at avoiding conflicts of interest that could call the credibility of its news report into question. It should apply no less a standard in its business dealings in France.
The News Media Guild supports the striking French journalism unions in their effort to reach a fair agreement that protects quality journalism.”
Voici le communiqué de soutien de la Fédération internationale des journalistes :
“IFJ Backs Associated Press French Strikers in Battle to Protect Quality Service
28/03/2008
The International Federation of Journalists (IFJ) today called on management at the Associated Press to reconsider the proposed sale of its French service in a deal that they say could seriously undermine its quality and objectivity.
Journalists working for the AP French service, which provides news for French media, held a one day strike on Thursday, shutting down the wire in protest of a plan to sell the service to Bertrand Eveno and the Bolloré group.
The unions representing the journalists say that the sale will damage the quality and independence of the AP French service.
“Our colleagues’ fears that this sale will turn the high-quality news wire into a ‘low-cost’ agency and that professional standards and independence will suffer,” said IFJ General Secretary Aidan White. “We stand in solidarity with the workers at the AP in their fight to maintain the integrity of the service.”
The IFJ is supporting the Intersyndicale group, made up of four French unions representing AP workers, in their demand that the AP only consider a sale of the service to a group that will not cut quality in pursuit of cutting costs.
The 24-hour strike held from midnight Wednesday to midnight Thursday has shut down the AP’s French service today. No AP journalists from the French service, either based in Paris or in the rest of France, worked during the strike, the unions said.”
Le meilleur pour la fin, voici l’e-mail que le chef du bureau d’AP Paris, Pierre-Yves Glass, a envoyé aux journalistes du service français :
“Chers tous,
Plus que jamais, dans un contexte difficile obligeant l'AP à une réorganisation en profondeur, la cession du Service français apparaît comme la seule façon d'empêcher sa fermeture prochaine et définitive.
Alors que la pérennité du Service français est directement en cause, je serais consterné que l'opposition déraisonnée de quelques uns conduise à rendre impossible un plan de cession qui m'apparaît solidement structuré et étayé par des repreneurs puissants _ Bertrand EVENO appuyé par le Groupe BOLLORE _ qui plus est encouragé par l'AP.
Votre rejet de principe est d'autant plus incompréhensible qu'il intervient sans explication raisonnable de votre part et sans avoir permis aux repreneurs de défendre leur projet auprès de vous. Je déplore que les personnes élues pour vous représenter aient jusqu'à présent systématiquement refusé toutes les invitations à débattre et échanger en toute transparence avec des repreneurs volontaires et ouverts à un dialogue constructif.
Je vous invite tous à mesurer individuellement l'impact négatif immédiat des positions radicales exprimées par certains et diffusées largement en dehors de l'AP sans aucun discernement.
Dès lors que les intérêts de l'agence sont menacés et que l'échec de la cession conduirait à devoir procéder à des licenciements que nous avons tout fait pour éviter, il est de ma responsabilité de partager avec vous, après l'avoir fait avec vos représentants, mes convictions.
PY”
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